Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/583

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


À partir de cette époque, Carnot se livra tout entier aux devoirs impérieux qui lui furent imposés ou par le choix de ses concitoyens, ou par le suffrage de ses collègues ; l’homme public absorba presque entièrement le géomètre : ce dernier ne se montra plus que de loin en loin.

Ici, Messieurs, deux routes se présentent à moi : l’une est unie et frayée ; la seconde est bordée de précipices. Si j’en croyais quelques personnes que leur bienveillance pour moi a rendues timides, je n’hésiterais pas à choisir la première. Prendre l’autre, ce sera encourir, je le sais, les reproches d’imprudence, d’aveuglement. À Dieu ne plaise que je me suppose la force de lutter contre des préventions si nettes, si décidées ; mais de mesquines considérations d’amour-propre s’évanouiront toujours à mes yeux devant le sentiment du devoir. Or, je le demande, ne blesserais-je pas profondément la conscience publique si, même dans cette enceinte consacrée aux arts, aux lettres, aux sciences, je me bornais à parler de l’académicien Carnot ? Sans doute, en déroulant devant vous la longue série de découvertes de tel ou tel savant illustre revêtu durant sa vie du titre de sénateur, on a pu légitimement, très-légitimement s’écrier que la postérité ne garderait aucun souvenir de fonctions sans portée, et qui d’ailleurs, de dégradation en dégradation, avaient fini par se réduire à des communications mensuelles avec la trésorerie ; mais ce serait un acte antinational, un acte d’ingratitude, que d’appliquer de telles paroles à la grande ombre de Carnot. On le désire, on le veut, on l’ordonne presque ; eh bien ! j’y consens, je ne parlerai pas du drame dont le dénoûment fut la mort tragique du suc-