Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/590

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enfin la dissimulation à la cruauté, elle parodie les formes de la justice ! Ah ! Messieurs, à ce spectacle, le cœur se serre, l’espérance se dessèche ; les plus vives, les plus ardentes sympathies font place à une douleur profonde.

Je sais qu’on a expliqué, qu’on a voulu excuser ces sanglantes saturnales, en invoquant la volonté populaire. Si je juge du peuple de 93, que je n’ai point connu, par celui que nous avons vu à l’œuvre en 1830, l’explication est menteuse, je n’hésite point à le dire. Le peuple, dans un moment d’effervescence et d’entraînement se porte quelquefois à des actes coupables ; jamais il ne s’est associé à des barbaries quotidiennes. On le dégrade en disant que la terreur pouvait seule le faire marcher à la rencontre des hordes ennemies ; on ne méconnaît pas moins ses sentiments, lorsqu’on insinue qu’il a voulu la mort d’un des membres de cette Académie, qui honorait la France par son génie ; la mort d’un autre de nos confrères qui honorait l’espèce humaine par sa vertu. Non, Messieurs ; non ! dans le noble pays de France, la mort de Lavoisier, la mort de Malesherbes, n’ont pas pu être commandées par des considérations de salut public. Point de ménagements pour de pareils crimes : il faut les flétrir aujourd’hui ; il faudra les flétrir demain ; il faudra les flétrir toujours. Voués par sentiment, par conviction, par la puissance irrésistible de la logique, au culte de la liberté, repoussons loin de nous l’exécrable pensée que l’échafaud soit l’inévitable auxiliaire de la démocratie.

Les crimes que je viens de qualifier sans ménagement, la France, l’Europe, le monde tout entier, les ont, en