Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/603

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En 1793, pendant que l’ennemi s’attendait, conformément aux préceptes classiques de la stratégie, à voir nos troupes se porter de la Moselle sur le Rhin ; pendant qu’il accumulait sur ce dernier fleuve de formidables moyens de résistance, Carnot, sans s’inquiéter des vieilles théories, détacha inopinément quarante mille hommes de l’armée de la Moselle et les envoya sur la Meuse à marches forcées. Telle fut la manœuvre célèbre qui décida du succès de cette campagne de 1793, pendant laquelle les généraux autrichiens et hollandais eurent le double chagrin d’être constamment battus, et de l’être contre les règles. Oui, Messieurs, la tribune nationale ne fut que juste le jour où elle retentit de ces belles paroles, devenues aujourd’hui historiques : « Carnot a organisé la victoire. »


CARNOT SUR LE CHAMP DE BATAILLE DE WATTIGNIES.


On pourrait dire des armées françaises, comme de certains peintres, qu’elles ont eu plusieurs manières. Un jour de bataille, il est vrai, les armées impériales et les armées républicaines se précipitaient sur l’ennemi avec la même intrépidité ; hors de là tout était différent. Le soldat de l’Empire ne voyait la patrie que dans l’armée ; c’était pour l’honneur, pour la gloire de l’armée qu’il répandait son sang à Wagram, à Sommo-Sierra, à la Moscowa. Le soldat de la République se battait pour le pays : l’indépendance nationale, telle était surtout la pensée qui l’animait pendant le combat ; les récompenses, il n’y songeait seulement pas.