Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/66

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s’apprêtait à le tuer. Je sautai à bas de mon lit de camp, et prenant mon domestique à la gorge « Êtes-vous fou ? lui dis-je ; est-ce que nous sommes chargés de faire la police dans le pays ? Ne voyez-vous pas d’ailleurs que ce serait nous exposer au ressentiment de tous ceux qui obéissent aux ordres de ce chef redouté ? Et nous nous mettrions dans l’impossibilité de terminer nos opérations. »

Le matin, au lever du soleil, j’eus avec mon hôte une conversation que je vais essayer de reproduire fidèlement.

« Votre situation m’est parfaitement connue ; je sais que vous n’êtes pas un garde de la douane ; j’ai appris de science certaine que vous êtes le chef des voleurs de la contrée. Dites-moi si j’ai quelque chose à redouter de vos affidés ?

— L’idée de vous voler nous est venue ; mais nous avons songé que tout votre argent était dans les villes voisines ; que vous ne portiez pas de fonds sur le sommet des montagnes, où vous ne sauriez qu’en faire, et que notre expédition contre vous n’aurait aucun résultat fructueux. Nous n’avons pas d’ailleurs la prétention d’être aussi forts que le roi d’Espagne. Les troupes du roi nous laissent assez tranquillement exercer notre industrie ; mais le jour où nous aurions molesté un envoyé de l’empereur des Français, on dirigerait contre nous plusieurs régiments et nous aurions bientôt succombé. Permettez-moi d’ajouter que la reconnaissance que je vous dois est votre plus sûre garantie.

— Eh bien, je veux avoir confiance dans vos paroles ;