Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/67

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je réglerai ma conduite sur votre réponse. Dites-moi si je puis voyager la nuit ? Il m’est pénible de me transporter, le jour, d’une station à l’autre, sous l’action brûlante du soleil !…

— Vous le pouvez, Monsieur ; j’ai déjà donné des ordres en conséquence : ils ne seront pas enfreints. »

Quelques jours après, je partais pour Denia ; il était minuit, lorsque je vis accourir à moi des hommes à cheval qui m’adressèrent ce discours :

« Halte-là ! señor ; les temps sont durs il faut que ceux qui possèdent viennent au secours de ceux qui n’ont rien. Donnez-nous les clefs de vos malles ; nous ne prendrons que votre superflu. »

J’avais déjà déféré à leurs ordres, lorsqu’il me vint l’esprit de m’écrier :

« On m’avait dit cependant que je pourrais voyager sans risque.

— Comment vous appelez-vous, Monsieur ?

— Don Francisco Arago.

Hombre ! vaya usted con Dios (que Dieu vous accompagne). »

Et nos cavaliers, piquant des deux, se perdirent rapidement dans un champ d’algarrobos.

Lorsque mon ami le voleur de Cullera m’assurait que je n’avais rien à redouter de ses subordonnés, il m’apprenait en même temps que son autorité ne s’étendait pas au nord de Valence. Les détrousseurs de grand chemin de la partie septentrionale du royaume obéissaient à d’autres chefs, à celui, par exemple, qui, après avoir été pris, condamné et pendu, fut partagé en quatre quartiers