Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/663

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Après le 18 brumaire, au moment de l’entrée de Carnot au ministère de la guerre, la solde des troupes, et, ce qui doit plus étonner, la solde des commis étaient arriérées de quinze mois. Peu de semaines s’écoulent, et tout est payé ; tout, hormis les appointements du ministre !

Les épingles, tel était jadis le nom d’une sorte de gratification destinée, en apparence, à la femme de celui avec qui un fermier, un négociant, un fournisseur venait de conclure une affaire publique ou privée. Quoique les épingles ne figurassent pas dans les conditions écrites, les contractants ne les regardaient pas moins comme obligatoires ; l’habitude, cette seconde nature, avait fini par les faire trouver légales ; les consciences les plus timorées se contentaient de n’en point fixer la valeur.

Un marchand de chevaux dont Carnot avait approuvé la soumission, alla, suivant l’usage, lui porter titre d’épingles une somme considérable : c’était, je crois, 50,000 francs. Le ministre ne comprend pas d’abord : au comité de salut public, où il avait fait son apprentissage, les fournisseurs se gardaient bien, en effet, de parler d’épingles ; tout s’explique enfin, et Carnot, loin de se fâcher, reçoit en riant les billets qu’on lui présente ; il les reçoit d’une main et les rend de l’autre comme un premier à-compte sur le prix des chevaux que le marchand s’était engagé à fournir à notre cavalerie, et en exige à l’instant le reçu.

Les factions, dans les plus violents paroxysmes de leurs fureurs, eurent la prudence de ne point attaquer dans Carnot l’homme privé ; jamais leur souffle impur n’essaya de ternir les vertus du fils, de l’époux, du père ; à l’égard