Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/669

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marché de certains parvenus, j’entende me constituer ici l’avocat du privilége ; je veux prouver, au contraire, par l’exemple de Carnot, que les âmes d’une certaine trempe savent résister à la contagion.

Six mois après le coup d’État du 18 fructidor, Carnot est officiellement accusé au conseil des Cinq Cents d’avoir eu, avec Pichegru, des relations fréquentes, intimes, à une époque où ce général, membre du Corps législatif, souillait par des intrigues sa brillante réputation militaire. Carnot nie ces relations. Il prouve d’abord que des entrevues secrètes n’auraient pas pu avoir lieu chez lui. « Je sens bien, ajoute-t-il, qu’on dira : Si ce n’est pas chez vous, c’est ailleurs. Eh bien ! je déclare que, pendant toute la durée de mes fonctions directoriales, je ne suis pas sorti douze fois, sans être accompagné de ma femme, de mes sœurs, de mes enfants ! »

Il est possible, Messieurs, qu’en France, qu’ailleurs, les gouvernants aient eu souvent cette simplicité, cette austérité de mœurs ; mais, je l’avouerai, le bruit n’en est pas venu jusqu’à moi.

Je viens de vous parler de l’homme ; voici maintenant le ministre.

Au combat de Messenheim (1800), près d’Inspruck, Championnet remarque l’audace, l’intrépidité du colonel Bisson, et demande pour lui, aux applaudissements de toute l’armée, les épaulettes de général de brigade. Les semaines s’écoulent, et le grade n’arrive pas. Bisson s’impatiente, se rend à Paris, obtient un rendez-vous du ministre, et, dans sa colère, l’apostrophe d’une manière brutale. « Jeune homme, lui répond Carnot avec calme,