Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/670

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il est possible que j’aie commis une erreur ; mais vos inconvenantes manières pourraient, en vérité, m’ôter l’envie de la réparer. Allez, je vais examiner attentivement vos services. — Mes services ! Ah ! je sais trop bien que vous les méprisez, vous, qui du fond de ce cabinet, nous envoyez froidement l’ordre de mourir. À l’abri du péril et de la rigueur des saisons, vous avez déjà oublié et vous oublierez encore que notre sang coule, et que nous couchons sur la dure. — Colonel, c’en est trop ! Dans votre propre intérêt, notre entretien ne doit pas continuer sur ce ton-là. Retirez-vous. Votre adresse, s’il vous plaît ? Allez ! dans peu vous aurez de mes nouvelles. »

Ces dernières paroles, prononcées d’un ton solennel, dessillent les yeux du colonel Bisson. Il court chercher des consolations auprès d’un ami dévoué, le général Bessières. Celui-ci, au contraire, lui fait entrevoir un conseil de guerre comme la conséquence inévitable de son étourderie. En attendant, Bisson se cache. Un serviteur fidèle va, d’heure en heure, à l’hôtel chercher l’ordre de comparution tant redouté. Le paquet ministériel arrive enfin ; Bisson, tout ému, en déchire l’enveloppe. Le paquet, Messieurs, renfermait le brevet de général de brigade et des lettres de service !

À peine est-il nécessaire d’ajouter que le nouveau général vole aussitôt chez Carnot, pour lui offrir l’hommage de son admiration, de sa reconnaissance et de son vif repentir. Soin superflu, le général Bisson était consigné à la porte du ministère. Cette âme ardente à qui, malgré toute la sincérité de ses sentiments, la démarche coûtait