Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/82

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fois, je vis dans ces journaux le récit des horribles massacres dont la ville de Valence, je me trompe, dont la place des Taureaux avait été le théâtre, et dans lesquels disparut, sous la pique du toréador, la presque totalité des Français établis dans cette ville (plus de 350). Un autre journal renfermait un article portant ce titre : Relacion de la choreadura del señor Arago e del señor Berthemie ; littéralement : Relation du supplice de M. Arago et de M. Berthemie. Cette relation parlait des deux suppliciés dans des termes très-différents. M. Berthemie était un huguenot, il avait été sourd à toutes les exhortations ; il avait craché à la figure de l’ecclésiastique qui l’assistait, et même sur l’image du Christ. Pour moi, je m’étais conduit avec beaucoup de décence et m’étais laissé pendre sans soulever aucun scandale. Aussi, l’auteur de la relation témoignait ses regrets de ce qu’un jeune astronome avait eu la faiblesse de s’associer à une trahison, en venant, sous le couvert de la science, favoriser l’entrée de l’armée française dans un royaume ami.

Après la lecture de cet article, je pris immédiatement mon parti : « Puisqu’on parle de mon supplice, dis-je à mon ami Rodriguez, l’événement ne tardera pas à arriver ; j’aime mieux être noyé que pendu ; je veux m’évader de cette forteresse ; c’est à vous de m’en fournir les moyens. »

Rodriguez, sachant mieux que personne combien mes appréhensions étaient fondées, se mit aussitôt à l’œuvre. Il alla chez le capitaine-général et lui fit sentir tous les dangers de sa position si je disparaissais dans une émeute populaire, ou même s’il avait la main forcée pour se débarrasser de moi. Ses observations furent d’autant mieux