Page:Archives israelites 1851 tome12.djvu/531

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rnnurns. BM combattre plusieurs prétendus co-héritiers; enfin Pactivité de Rabbi ltlosché triompha de tous les obstacles; la succession me fait adjugée; elle consistait en bons et loyaux effets de la banque de Hollande, en une forte somme en espèces et en pierres pré- cieuses d’une grande valeur. Je rendis grâces au ciel de l’heureuse issue de mon voyage, moins pour moi-même que pour ma famille et me disposai à retourner en Pologne. Un matin je me réveille bien décidé à quitter Amsterdam; je me lève, je parcours lc maison, je me trouve seul. Rabbi Mosché avait disparu avec toute mes richesses de la veille. Je ne vous dirai pas, monsieur le Rabbi, tout ce que j’éprouvai à la découverte d`une trame aussi noire, aussi habilement our- die. Dansle premier moment je voulus courir après le fourbe, mais où l’atteindre dans un pays étranger; je voulus aussi m’adresser aux tribunaux, maisil faut. de l’argent, avant tout, pour recourir à lajustice et il ne me restait que les derniers fonds que j’avais reçus de chez moi et que par une faveur spéciale mon insigne vo- - leur avait daigné ne pas emporter. Je bénis le ciel de m’avoir con- servé cette planche de salut au milieu du naufrage de mes bril- lantes espérances et je quittai Amsterdam pour rentrer dans mes foyers. Le bonheur de revoir ceux que j’aimais versa d’abord quelque baume sur les plaies de mon cœur ulcéré, mais ce bonheur s’étei- gnit insensiblement sous Pimpression de mille idées alîreuses. Je n’avais jamais connu jusqu`alors le sentiment de la jalousie, je croyais en la vertu de ma femme comme je croyais en la pureté inaltérable des anges. Je me liais à la sainteté de ses serments d’amour et de fidélité comme je me liais à l’inviolabilité des ora- cles du Seigneur. Mais depuis que j’avais été si indignement joué par ce perfide rabbi hollandais il s`était opéré dans mes senti- ments, si bienveillante jusqu’alors, une triste et cruelle révolution. Je n’eus pas assez de solidité dans le jugement pour séparer le monstre dont j’avais été la dupe de la généralité des hommes; je vis au contraire dans tous les hommes des Rabbi Mosché plus ou moins adroits ; et de conséquences en conséquences je finis par douter de l’existence possible d’une femme honnête et vertueuse. C’est le cœur rongé de ce doute, que je retournais sous le toit de mon père, que je courais revoir la mère de mon fils. Je vous laisse à penser, monsieur , tout ce que je souffris pendant les quinze longues journées de mon voyage. Plus j’avançai dans mn marche, plus mes idées se chargaient de nuages. Enfin, je fran- chis la dernière limite, je touche le sol natal ; c’était par une des belles soirées d’hiver; j’entre dans mon village; je le parcours avec la rapidité de l’éclair ; je remarque bien, tout en courant,