Page:Ardouin-Dumazet, Le colonel Bourras et le corps franc des Vosges, 1893.djvu/92

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LE LIEUTENANT MARQUISET.

du courant glorificateur qui fait partout ériger des statues. Je n’oublierai jamais son front pensif, son œil réfléchi, ni la nécessité pénible à laquelle il semblait obéir quand une contradiction le forçait à montrer la supériorité de son savoir ou de son jugement. Jamais non plus on ne le vit faire montre de ces opinions extrêmes qu’on affiche si volontiers pour arriver plus vite. En l’envoyant siéger à la Chambre, le bon sens de l’électeur franc-comtois ne s’y est pas trompé.

Quand leurs pères furent amis dès l’enfance[1], on peut dire que l’amitié des enfants naît toute formée. Ainsi en était-il de celle qui m’unissait à Gaston Marquiset. Je reviens en l’invoquant sur une vie dont les mérites ont été retracés par des biographes plus autorisés. Lorsque les derniers honneurs furent rendus au député de la Haute-Saône, dans cet humble cimetière de Fontaine, où la Chambre des députés et le Sénat se trouvaient représentés comme la préfecture du département, il est à noter que les nombreux orateurs sont restés sans effort loin de la banalité convenue. En les écoutant, on sentait combien l’éloquence est facile à qui doit parler du vrai mérite.

« Vous savez, disait le préfet Sée, que rendre service était sa constante préoccupation. Il y mettait tant de délicatesse qu’il paraissait être l’obligé de ceux qui avaient recours à lui. On eût dit qu’avec cette fine et charmante bonhomie qui était la marque de son esprit il voulait dégager à l’avance son obligé du fardeau de la reconnaissance. »

Et M. Viette, qui fut deux fois ministre, qui l’est encore, le constatait à son tour : « Marquiset fut l’homme de toutes les probités, de toutes les délicatesses. Il poussait la générosité jusqu’à l’abnégation de soi-même… On l’aimait pour son savoir aimable, son exquise modestie, son inaltérable bonté, la douceur d’un caractère toujours égal… Jamais l’envie ne put s’élever à la hauteur de cette âme juste et sereine. »

Puis, faisant allusion à sa fin inattendue, il ajoutait :

« Membre du jury des Beaux-Arts à notre grande Exposition,

  1. Armand Marquiset et le général de division d’artillerie Larchey furent condisciples au lycée de Besançon, vers 1805.