Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/101

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blée reconstitua l’union entre les trois provinces de la colonie. Sous prétexte de la réforme des abus du gouvernement colonial, elle ne visait qu’à la direction politique de Saint-Domingue en dehors de toute influence de la métropole, et même à son indépendance de la France, à l’instar des anciennes colonies anglaises de l’Amérique septentrionale.

Dès ses premiers pas dans cette voie, elle heurta tous ceux qui profitaient des abus de l’ancien régime. L’assemblée provinciale du Nord, siégeant au Cap, étant composée principalement des gens de justice, des employés du gouvernement et des commerçans, fut effrayée des tendances des planteurs. Par une lettre du 24 décembre 1789, elle les avait bien excités à prendre une position indépendante de l’assemblée nationale constituante ; mais elle ne sut aucun gré à l’assemblée générale de prétendre à réformer les abus existans dans l’ordre judiciaire, dans l’administration des finances ; ou plutôt, elle comprit que les planteurs ne justifieraient point leurs prétentions à cet égard. Une scission éclata entre ces deux corps populaires. Le gouvernement colonial saisit habilement cette circonstance et appuya l’assemblée provinciale du Cap. Celles de l’Ouest et du Sud, où dominaient d’autres planteurs, se dévouèrent entièrement aux vues de l’assemblée générale qui, croyant à la puissance de cet appui, ne mit aucune borne à ses prétentions.

De ce conflit, de cette division des esprits, résultèrent des mesures militaires de la part du gouvernement colonial, pour appuyer la dissolution de l’assemblée générale qu’il ordonna. Une simple démonstration suffit pour porter 85 de ses membres à s’embarquer pour se