Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/123

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rappeler qu’aux yeux de la Divinité tous les hommes sont égaux, cette formule fut son crime ; car les blancs, devenus les dieux de Saint-Domingue, n’admettaient pas cette égalité proclamée par la religion du Christ.

Au Petit-Goave, un blanc doué de sentimens généreux, de principes libéraux, Ferrand de Baudières enfin, ancien sénéchal du lieu, vieillard respectable, eut la tête tranchée par des énergumènes, blancs comme lui, pouravoir rédigé une pétition pour les hommes de couleur de cette ville. Cette pétition ne demandait pas même l’égalité de droits avec leurs oppresseurs ; le crime de ce magistrat était d’avoir compati au sort de cette classe !

À Aquin, huit jours après le meurtre de Ferrand de Baudières, sous le prétexte que G. Labadie avait une copie de cette pétition, une troupe de blancs cernèrent sa maison pendant la nuit : ils l’appellent, et au moment où il ouvre sa porte, ces forcenés font une décharge de coups de fusil. Un jeune esclave de Labadie est tué à ses côtés, lui-même reçoit trois blessures : en cet état, ce septuagénaire, cet homme vénérable est attaché à la queue d’un cheval et traîné à une longue distance !

Ainsi, dans le Nord, dans l’Ouest, dans le Sud, la fureur des blancs se signale par des assassinats. Sur tous les points de la colonie, d’autres faits vexatoires, inhumains, prouvèrent la haine de la classe blanche contre les hommes de couleur. Ces faits eurent lieu sur la fin de 1789.


L’année 1790 avait vu commencer de nouvelles atrocités contre eux.

Ceux des Vérettes, réunis au mois de janvier à Plassac, dans l’Artibonite, subirent des humiliations pour avoir