Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/205

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Bauvais fut acclamé capitaine général unique. Mais cet homme de bien que tous les partis estimèrent, ce digne frère des noirs, pénétré d’un haut sentiment de justice, demanda la nomination d’un second capitaine général et désigna Lambert pour occuper cette charge : il reçut l’approbation de l’universalité de ses compagnons.

Lambert, nègre libre de la Martinique, était venu depuis longtemps à St-Domingue : il était l’un des hommes les plus recommandables de sa classe au Port-au-Prince, respecté, même des blancs, pour ses mœurs et sa probité.

Cette nomination, déterminée par un sentiment de justice qui prescrivait d’appeler au commandement un homme noir aussi honorable que Bauvais, pour représenter les nègres libres compris dans la dénomination d’hommes de couleur ; cette nomination eut encore pour effet politique de prouver aux blancs que les mulâtres issus des nègres n’entendaient point séparer leur cause de celle de la plupart des nègres affranchis qui ne se trouvaient pas compris dans le décret du 15 mai, favorable seulement aux gens de couleur nés de pères et mères libres. C’était en effet, comme nous l’avons dit plus haut, l’esprit qui animait le conseil politique constitué au Mirebalais.

La nomination de Lambert, enfin, fut inspirée par cette raison, qu’il fallait donner, même aux noirs esclaves, l’idée de l’inévitable réhabilitation de leur classe, dans l’organisation politique que subirait Saint-Domingue dans un avenir plus ou moins éloigné ; et par là, la classe des hommes de couleur se donnait une grande influence et un moyen d’action sur celle des esclaves, à laquelle elle ne pouvait pas rester indifférente et étrangère.