Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/22

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monument historique du plus grand prix ; car l’histoire d’un peuple est en grande partie dans sa législation : celle-ci fait connaître son aptitude à la civilisation et l’esprit qui a guidé ses gouvernans.

Ce n’est pas une lutte que je viens ouvrir avec eux ; c’est un concours que je leur apporte dans une œuvre patriotique. S’il m’arrive de différer d’opinions et d’appréciations avec les deux premiers, sur quelques points de notre histoire nationale sur quelques hommes qui ont marqué dans son cours, ce ne sera toujours que dans le dessein d’être utile à notre pays qui a droit à tout notre dévouement.

Jusqu’à eux, je ne crains pas de le dire, l’histoire d’Haïti n’était à peu près connue des hommes qui l’intéressent au sort de ce pays, même de beaucoup d’Haïtiens, que par les publications faites par des étrangers qui, à diverses époques, y ont passé comme voyageurs. Recueillant des données fort incomplètes sur les faits, soit par manque de documens, soit pour y avoir séjourné trop peu de temps et n’avoir pu interroger les acteurs ou les témoins des événemens, ces auteurs étrangers ont dû souvent se fourvoyer. Parmi eux, il en est dont les écrits portent évidemment le cachet de préoccupations, d’opinions préconçues contre le jeune peuple qu’ils visitaient. D’autres dévoilent des arrière-pensées manifestes, au point de vue des nations auxquelles ils appartiennent. La plupart, enfin, mêlent quelques vérités à tant d’erreurs, qu’il est impossible de trouver dans leurs œuvres la preuve de cette impartialité qu’ils semblaient promettre, et que l’on a droit d’exiger de quiconque entreprend d’écrire l’histoire, surtout celle d’un pays auquel on n’appartient pas.