Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/23

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Le temps est donc arrivé où les Haïtiens eux-mêmes doivent s’efforcer de découvrir dans leurs traditions nationales, dans le peu de documens qu’ils possèdent, la filiation des événemens qui ont influé sur les destinées de leur patrie. En dégageant la vérité de l’erreur, par des appréciations raisonnées sur les choses et sur les hommes, ils auront fait une œuvre d’utilité publique. De cet examen approfondi doivent résulter des enseignemens propres à cimenter l’union entre les citoyens, à exciter en eux un plus grand dévouement à cette patrie. C’est en dirigeant leur esprit vers les moyens d’atteindre ce but généreux, qu’ils s’animeront de plus en plus du désir de contribuer à sa prospérité, à sa civilisation, et qu’ils intéresseront à son existence les vrais philanthropes, qui n’admettent aucune différence entre les hommes. En se recommandant ainsi à la considération de ces amis de l’humanité, ils les porteront à aider, par leurs lumières et leur influence, à la complète émancipation des infortunés qui gémissent encore dans les liens de la servitude, ou qui subissent l’effet des absurdes préjugés qu’elle engendre.


Des circonstances qu’il est inutile de mentionner ici, m’ont amené à m’occuper de l’histoire de mon pays, dans la capitale de cette grande nation qui en avait fait la plus florissante de ses colonies. Jouissant de cette sécurité que tous les étrangers sont toujours assurés d’y trouver, de la sérénité d’esprit que son hospitalité bienveillante me laisse loin de ma patrie, je croirais manquer à la haute estime que m’inspire la France, si mon travail devait se ressentir de la moindre gêne, lorsque j’ai à dévoiler les fautes commises à Saint-Domingue par ses