Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/226

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Le recueil des lois et constitutions des colonies que cet auteur a publié, fourmille de jugemens atroces rendus contre des nègres qui manifestèrent des idées de liberté, qu’on dissimulait toujours sous l’accusation de crimes civils. Le code noir lui-même, en établissant des peines si terribles contre les esclaves fugitifs, indique assez qu’on voulait punir en eux le sentiment de la liberté.

Le plus fameux parmi eux fut Macandal, qu’on accusa d’avoir conçu le projet de l’empoisonnement de tous les blancs de la colonie, vers le milieu du xviiie siècle[1]. Moreau de Saint-Méry dit que, devenu manchot dans le travail de la sucrerie Le Normand de Mézy, située dans la paroisse du Limbe, Macandal se rendit fugitif, et que c’est pendant sa désertion qu’il se rendit célèbre par des empoisonnemens[2]. On le traquait dans les bois ; il se vengea à la manière des faibles qui sont toujours cruels : l’empoisonnement est un horrible moyen.

Cet auteur cite enfin la peuplade des fugitifs ou nègres marrons réunis à la montagne de Bahoruco, auxquels les gouverneurs des deux colonies accordèrent la liberté, après de vaines tentatives faites pour les soumettre par la force. Ces hommes étaient restés plus de quatre-vingts ans dans ce lieu presque inaccessible, inquiétant les habitans, dévastant leurs plantations et portant la terreur chez eux. Ils continuèrent d’y demeurer ; mais en vertu du traité auquel ils consentirent, ils cessèrent leurs irruptions. M. de Bellecombe était alors gouverneur général.

On n’ignore pas non plus qu’à la Jamaïque et dans la

  1. Hilliard d’Auberteuil lui-même réduit cette imputation à des proportions moindres, en disant que « Macandal ne fît empoisonner que des nègres et très-peu de blancs. » Tome 1er, page 137, dans une note.
  2. Description de la partie française, tome 1er, pages 651 et 652.