Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/266

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Tarbé, fait à l’assemblée nationale en décembre suivant :

« Enfin, dit l’auteur de la lettre, nous possédons maintenant les hommes de couleur dans notre ville ; ils y sont entrés lundi dernier en armes, conformément à un article du concordat. Jusques à présent, ils n’ont rien commis contre le traité ; mais ils ont amené et introduit avec eux en ville leurs suisses (c’est ainsi qu’ils appellent les esclaves les plus ingambes qu’ils ont retenus parmi eux, et que jusqu’à présent ils n’ont pas voulu remettre aux maîtres qui les ont réclamés), et ils paraissent vouloir les traiter favorablement : ce qui serait bien pernicieux. Déjà ces suisses disent à nos nègres : — « Vois-tu, si tu avais fait comme moi, tu serais comme moi libre, et le pays serait à nous : nous en aurions expulsé tous les blancs. » Vous sentez combien ce langage peut être dangereux. Les blancs et les hommes de couleur doivent tenir un comité secret pour décider sur le sort de ces suisses. S’ils sont remis à leurs maîtres, qui seront alors dans le cas d’en faire tel exemple qu’il leur plaira, ou s’ils sont remis à la justice, alors il n’y aura pas de mal. Mais si, comme on le craint, les hommes de couleur tiennent à ce qu’ils aient leur liberté, alors nous avons tout à craindre de l’exemple. Vous sentez la politique des gens de couleur qui, dans le cas de quelque tentative de la part des blancs, pour opérer ici une contre-révolution, veulent se conserver la troisième classe, en favorisant ceux qui les ont suivis : ce qui nécessairement en encouragerait d’autres à les suivre de même dans une semblable occasion. »

Le comité secret fut en effet tenu. Leremboure et