Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/268

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Cependant, malgré cette opposition, les chefs principaux ayant admis la proposition, il fut résolu d’embarquer ces infortunés. Ils décidèrent néanmoins d’envoyer avec ces expatriés quatre commissaires de couleur pour s’assurer de l’exécution parfaite du projet et de la situation des lieux où le débarquement se ferait, afin d’en faire leur rapport à leur retour. Ces commissaires turent Cadet Chanlatte, Charles Harran, Louis Bonneau, et Juste Hugonin[1] : ce dernier n’ayant pu remplir sa mission, Barthélémy Richiez fut nommé à sa place.

On lit dans un post-scriptum de la lettre citée ci-dessus, en date du 30 octobre :

« Le comité secret pour les suisses a été tenu avant-hier (le 28) ; ils furent désarmés et envoyés à bord d’un navire : toute la garde nationale était sous les armes (les blancs). On pense qu’il s’en est évadé beaucoup avant leur désarmement ; et cela paraît très-vraisemblable ; mais enfin on en tient à bord une quantité d’environ deux cent trente. Beaucoup de gens de couleur voulaient s’opposer à leur départ, mais l’avis contraire a prévalu : ils devaient mettre à la voile cette nuit, si la brise ne leur eût pas manqué. Vous dire où ils vont, est un secret qui n’a pas encore pénétré. Le soupçon le plus général, c’est qu’on va les conduire dans la baie des Mosquitos, où on les débarquera avec des vivres pour trois mois. C’est bien une liberté qu’on leur donne, mais au moins ils n’en donneront pas le spectacle aux yeux de nos nègres. Bien des personnes craignent, dans ce cas, qu’il soit très-facile aux gens de couleur de les réintroduire ici par le cabotage. Du

  1. Juste Hugonin qui fut un des officiers supérieurs sous H. Christophe, et son procureur général à la cour supreme