Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/294

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d’aucun des chefs, où la forme du pluriel se mêle à celle du singulier, où le nom de Dieu paraît trois fois, où le respect pour la personne du roi est si clairement exprimé, ne semble-t-elle pas être l’œuvre de Toussaint Louverture initié, aintié qu’on l’a dit, aux projets contre-révolutionnaires des agens du gouvernement ? Nous le pensons d’autant plus, qu’en témoignant également beaucoup de respect pour Blanchelande, il aura voulu le mettre à même d’accomplir les promesses dont nous avons parlé plus haut, par l’exagération même des conditions posées à la conclusion de la paix ; car, Toussaint a pu penser qu’il fallait paraître beaucoup exiger, pour obtenir ce que lui et les autres principaux chefs désiraient réellement. Cette combinaison n’était certainement pas au-dessus de sa remarquable intelligence, son esprit jésuitique s’y prêtait admirablement. Il aura cru que Blanchelande, muni de ces étranges propositions, parviendrait à convaincre l’assemblée coloniale de la nécessité de foire des concessions aux esclaves, pour obtenir leur soumission et le retour à la tranquillité, et pareux s’assurer dès lors une grande influence sur les affaires coloniales. Mais si ces conjectures que nous faisons ne sont pas dénuées de fondement, il est du moins certain que le caractère faible de Blanchelande le mettait audessous d’une telle tâche : il était incapable d’user de quelque vigueur envers les colons.

Aussi répondit-il aux propositions des chefs des insurgés, par une proclamation du 23 septembre, où il exhortait les esclaves à la soumission, en les engageant à livrer leurs chefs. C’était bien le seul moyen d’empêcher cette soumission qu’il recommandait. La guerre continua avec la même fureur.