Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/320

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campez-vous aux moindres mouvemens. Tuez, saccagez, brûlez, sinon il n’y a plus de salut pour vous. Il ne faut pas que nos ennemis profitent de leur perfidie. Point d’arrangemens surtout, qu’après les instructions (qu’on attendait, dit Garran, de la Croix-des-Bouquets). Je vole à la vengeance. Si ma destination n’est point de mourir dans cette expédition, je reviendrai aussitôt vous joindre. Campez-vous, et nous vaincrons les brigands qui veulent égorger notre parti, et le réduire à l’esclavage. Vengeance ! vengeance ! je vous embrasse tous : mon dernier mot est de me venger de ces barbares.

A. Rigaud

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P. S, Au moment où ma lettre allait partir, je reçois un courrier de la Groix-des-Bouquets. J’apprends que nos frères ont eu le dessus cette fois. Nous allons si bien faire, que nous serons désormais à l’abri de toute surprise. Envoyez-nous le plus de monde que vous pourrez, commandé par de bons officiers. Vous prendrez partout des chevaux sur la route. Volez au secours de vos frères égorgés. Nous allons terminer. Vive la liberté ! Vive l’égalité ! Vive l’amour !

P. P. S. Prêtons-nous secours, tous à tous. Acceptons-en partout

On voit que Rigaud croyait Bauvais, Faubert et d’autres, assassinés par les blancs. Cependant, son premier post-scriptum annonce qu’il avait dû apprendre le contraire. Il n’y eut pas moins des victimes dans la classe de couleur, et nous avons déjà parlé des femmes qui furent égorgées au Port-au-Prince. Cela explique les expressions virulentes de cette lettre. Le cri de Vive L’amour ! a attiré l’attention de Garran, et de Pamphile de Lacroix après lui ; ils l’ont considéré comme la preuve d’une démoralisation, d’un délire d’esprit de la part de son auteur. Mais Rigaud n’aura-t-il pas voulu entendre parler de l’amour fraternel ? Car toute sa lettre ne roule que sur la nécessité de porter secours à ses frères.

Tuez, saccagez, brûlez, sont des termes affreux assurément : ils expriment les idées de vengeance qui animaient André Rigaud, dont la colère était souvent portée