Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/321

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à la violence. Mais, Raynal n’avait-il pas prédit la vengeance et le carnage qui signaleraient l’entreprise des opprimés, pour secouer le joug ignominieux que les Européens appesantissaient sur eux ? Mais Sonthonax, le fougueux Sonthonax, n’ordonna-t-il pas un jourà Laveaux, de brûler, par conséquent de saccager, tous les lieux que cet officier général serait forcé d’abandonner aux Anglais et aux traîtres qui leur livraient la colonie ? Il n’ordonna pas, certainement, de tuer ; disons mieux, il ne tarda pas, à son honneur, de rétracter ces ordres barbares, avant même d’avoir reçu de Polvérel la lettre de reproches que ce dernier lui adressa à cette occasion. Toutefois, Sonthonax a fourni la preuve qu’il arrive un moment où le sentiment de la vengeance entraîne les esprits les plus fermes[1].

Et les chefs des hommes de couleur de l’Ouest, Pinchinat, Bauvais et les autres, ne lancèrent-ils pas aussi, à peu près dans le même temps qu’André Rigaud écrivait sa lettre, l’appel suivant qui respire la vengeance la plus cruelle ?

Amis, la patrie est en danger ; de tous côtés nos frères armés marchent à la défense de leurs droits méprisés, et à la vengeance de la foi des traités violés. Il n’y a pas un instant à perdre : quiconque diffère ou balance à marcher dans ce moment, est, à trop juste titre, suspect, coupable du crime de lèse-nation, déclaré traître à la patrie, indigne de vivre, ses biens confisqués, et son nom voué à l’exécration contemporaine et future.

Volons, chers amis, vers le siège du Port-au-Prince ; plongeons nos

  1. « La rupture du coucordat du 23 octobre a été ie signal d’une nouvelle guerre civile dans l’Ouest et dans le Sud de Saint-Domingue. Le sang des femmes et des enfans des hommes de couleur égorgés, criait vengeance ; ils écoutèrent la voix de celle passion impérieuse ; ils reprirent les armes… » — (Paroles de Sonlhonax aux Débats, tome 3, page 171.)