Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/355

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sera différente de celle des commissaires qui les ont précédés.

Les premiers avaient fait exécuter la loi du 24 septembre 1791, qui soumettait les hommes de couleur libres à l’assemblé coloniale ; les seconds sont chargés de mettre à exécution la loi du 4 avril, qui prononce l’égalité des droits politiques entre cette classe et celle des blancs.

Les premiers avaient à concilier la rigueur de la loi avec les conseils et les sollicitations de l’équité, entre deux partis irrités : les seconds sont forts d’une loi nouvelle, qui ne permet plus ni aux uns d’exiger, ni aux autres de refuser ou de temporiser.

Les premiers n’avaient, au défaut de persuasion, dans des garnisons épuisées et peu nombreuses, que de faibles moyens à requérir et à employer, soit pour imposer aux factieux, soit pour faire rentrer les ateliers révoltés dans le devoir et la soumission : les seconds trouveront à leur arrivée cinq à six mille hommes de troupes réglées, en sus de la force armée qui existait déjà dans la colonie ; et la même expédition qui les y porte, augmentera ce nombre de quatre mille volontaires de la garde nationale, ainsi que de deux mille soldats de ligne, indépendamment des garnisons et des équipages des bâtiments de l’État, qui sont stationnés aux îles sous le vent. Sa Majesté a pensé que cette masse de forces de treize à quatorze mille hommes, pourvus de toutes les munitions nécessaires, serait plus que suffisante pour remplir le vœu particulier de l’article 8 de la loi du 4 avril, et pour assurer en général l’exécution parfaite de toutes les dispositions qu’elle contient[1]. Jamais le roi ne pourra révoquer en doute le respect d’un Français pour les commandemens de la loi : mais, si la supposition d’une résistance répugne autant à son cœur qu’au caractère national, il est néanmoins dans les plans de la sagesse de prévoir jusques à l’impossible, afin d’étouffer jusques aux murmures de l’obéissance. Or, si les deux partis principaux se balançaient avant l’envoi de forces successives et nouvelles à Saint-Domingue, ne doit-on pas croire que l’un de ces partis, accru d’un renfort de près de quatorze mille hommes, constituera l’autre dans l’heureuse impuissance de méconnaître la loi et la voix de ses organes ? L’appareil seul des moyens de réduction qui investira les sieurs commissaires, les dispensera donc inévitablement d’en faire aucun usage. Le roi se repose, dans cet espoir consolant, de

  1. Six à sept mille hommes avaient été effectivement envoyés dans la colonie avant l’arrivée des commissaires civils. Il en vint six mille avec eux. (Débats, tome 5, page 211.)