Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/73

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colons, et qu’ils doivent aimer puisqu’ils les ont fait naître. En les laissant en esclavage, c’est affaiblir dans l’esprit des nègres le respect qu’il faut leur inspirer pour les blancs : tout ce qui procède des blancs doit leur paraître sacré. (Et les blancs eux-mêmes méprisaient ce qui procédait d’eux !)

» Tous les affranchis étant ainsi mulâtres ou fils de mulâtres, on ne pourra plus les confondre avec les esclaves, et les nègres qui seront en marronnage ne pourront plus se dire libres. Les deux classes seront distinctes et séparées, et il ne peut en résulter qu’un grand bien. Jamais aucun mulâtre n’a été accusé, ni complice du crime de poison. L’attachement des mulâtres pour les blancs ne s’est jamais relâché ; ils conserveront à plus forte raison les mêmes sentimens, quand ils seront encore plus détachés de l’espèce nègre, qu’ils ne l’ont été jusqu’à présent[1].

» Il ne peut donc pas y avoir d’inconvénient à déclarer tous les mulâtres affranchis par leur naissance même, à la charge de fournir des hommes pour servir dans les compagnies de maréchaussée et de police, c’est-à-dire d’y servir chacun à leur tour pendant trois ans, et de fournir dans chacune des parties du Nord, de l’Ouest et du Sud, une compagnie de chasseurs, composée de 50 hommes, pour donner la chasse aux nègres marrons (voilà le but, clairement exprimé, des avantages à accorder aux

  1. Diviser pour régner ! « Ajoutons que, bien différente de la législation française, la législation espagnole n’avait pas élevé le préjugé de la couleur aux proportions d’un système politique. Elle avait pensé que l’harmonie, et, autant que possible, la fusion des différentes classes de ia population, étaient un moyen de gouvernement, peut-étre moins profond, mais pour le moins aussi rationnel et aussi politique que la combinaison traditionnelle du divide et impera. » (M. Lepelletier de Saint-Rémy, p. 53 du t. 1er.)

    Gouverner, c’est réunir, a dit le général Pamphile de Lacroix (page 225 du tome 1er), à moins que cette maxime ne doive pas être appliquée à la race noire.