Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/77

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ce décret ; on les a vus sur les places publiques, aux portes même des églises, arracher les vêtemens à des personnes du sexe, qu’ils laissaient sans autre voile que la pudeur.

» Défense de passer en France.

» Exclusion de toutes charges et emplois publics, soit dans la judicature, soit dans le militaire ; ils ne peuvent plus aspirer aux grades d’officiers, quoiqu’on général on les reconnaisse pour gens très-courageux. On ne veut pas même que, dans les compagnies de milices, ils soient confondus avec les blancs. Quelles que soient leurs vertus, leurs richesses, ils ne sont point admis aux assemblées paroissiales. Dans les spectacles, ils sont à l’écart, le mépris les poursuit jusqu’à l’église, où la religion rapproche tous les hommes, qui ne doivent y trouver que leurs égaux. Des places distinctes leur sont assignées. »


Et quant aux nègres encore plus malheureux :


« Tel maître blanc était si bien connu par sa férocité, qu’on faisait trembler tous les esclaves désobéissans, en parlant de les vendre à ce tigre.

» Tel autre fut menacé par M. d’Ennery, gouverneur, d’être renvoyé en France, s’il continuait à fusiller ses nègres.

» Tel autre, non content d’accabler de travaux ses négresses, leur arrachait encore le honteux salaire d’un honteux libertinage.

» Tel autre faisait sans cesse retentir la plaine des hurlemens de ses esclaves, dont le sang ruisselait dans les plantations, où, comme celui d’Abel, il crie