Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/170

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


proscrits. Les agitateurs profitèrent de ce moment pour exciter un soulèvement dans la flotte. Parmi eux se trouvaient le chirurgien Ferté, septuagénaire, furieux habitant du Port-au-Prince, et quatre femmes déportées comme lui de cette ville, sur la dénonciation de la municipalité, pour avoir toujours pris part à toutes les agitations qui eurent lieu depuis le commencement de la révolution. Ces femmes étaient les dames Pommiers, Magran, Chavanne (connue sous le nom de comtesse de Chavanne), et Martin : cette dernière avait joué un rôle infâme dans l’assassinat de Mauduit, dont elle mutila le cadavre d’une manière obscène. D’après ces honteux précédens, on peut juger si ces furies ne durent pas saisir l’occasion afin d’exciter les marins à de nouveaux troubles. Quant aux deux Gaibaud, leur amour-propre blessé et humilié devait naturellement les porter aussi à la vengeance contre les commissaires civils et les hommes qui, fidèles à leur autorité, soutenaient ces agens de la métropole : ces hommes étaient les mulâtres du Cap, et ceux de l’Ouest qui avaient accompagné ces commissaires.

Dès l’entrée de Polvérel et de Sonthonax, les agitateurs suscitèrent des querelles entre les marins et les mulâtres. Le contre-amiral Sercey qui avait été témoin, au Port-au-Prince, des égards et de la considération des commissaires pour ceux de cette ville, et qui partageait les rancunes des déportés confiés à sa surveillance, loin de suivre les instructions qu’il avait reçues pour les contenir, favorisa leur mutinerie. De leur côté, les hommes de couleur n’avaient aucun motif pour se laisser vexer par ces misérables qui avaient toujours voulu leur extermination ; et quoique moins nombreux au Cap que les marins de la