Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/178

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nombreux esclaves noirs qui résidaient dans la ville du Cap, en voyant les blancs se livrer au pillage des blancs comme eux, n’avaient aucun motif pour ne pas les imiter. Il en résulta une plus grande confusion : le feu se manifesta dans divers quartiers de la ville. Qui conçut d’abord cette coupable pensée ? Il fut impossible de le constater dans ces momens d’effroyables désordres. Les noirs en ont été accusés, comme les blancs l’ont été pour l’incendie du Port-au-Prince, comme les mulâtres le furent pour celui de Jacmel. Mais s’il est prouvé qu’au Cap, ce furent les blancs qui commencèrent le pillage, ne peut-on pas les accuser aussi d’avoir mis, les premiers, le feu aux maisons, pour augmenter la confusion et piller plus facilement ? C’est ce qui a été démontré jusqu’à l’évidence, lors de l’incendie du Port-au-Prince.

Dans les divers événemens de Saint-Domingue, les blancs qui ont toujours prétendu qu’ils étaient d’une race supérieure, par ses qualités morales, aux hommes de la race africaine, n’ont que trop donné des preuves de leur perversité, pour que l’on doive s’en rapporter à leurs écrits publiés pour leur justification et la condamnation de leurs adversaires. Eh ! mon Dieu, ce n’est pas sur la terre de Saint-Domingue seulement que des hommes de la race européenne ont prouvé tout ce que peuvent des malfaiteurs dans les troubles politiques : l’histoire de l’Europe entière fourmille de faits abominables de la part des basses classes de la société, quand elles ne connaissent plus le frein de l’autorité. Blancs, noirs ou jaunes, quelle que soit la couleur des hommes, ils sont tous les mêmes, tous sujets aux mêmes passions, aux mêmes turpitudes, quand l’autorité ne peut leur imposer son joug salutaire.