Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/186

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rins et les habitans blancs du Cap, et qu’ils furent contraints de se retirer au camp Breda, leur position devint excessivement difficile, en présence des offres séduisantes d’affranchissement que faisaient les autorités espagnoles aux noirs insurgés retenus déjà sous leurs bannières, et à ceux qui s’étaient soumis au général Laveaux, pendant ses campagnes effectuées en janvier, février et mars précédons. Il leur fallait prendre un parti décisif pour triompher de ces difficultés. Quel pouvait-il être, sinon d’accorder aussi la liberté aux noirs qui viendraient soutenir leur autorité, pour empêcher que la colonie ne tombât aux mains de l’Espagne et de la Grande-Bretagne réunies ? Pouvaient-ils compter sur les troupes blanches toujours faciles à partager les idées et les préjugés des colons ? Ces troupes, d’ailleurs, étaient en très-petit nombre. Pouvaient-ils ne s’appuyer que sur les hommes de couleur, quoique fidèles, mais aussi en petit nombre dans le Nord ? La force des choses les contraignait, les obligeait donc à gagner à la cause de la France le plus de noirs qu’il leur serait possible d’attirer sous ses drapeaux.

Déjà, étant au Cap, Sonthonax, en adressant une dépêche à la convention nationale, le 18 février 1795, où il peignait la malheureuse condition des troupes blanches moissonnées par les combats et par les maladies du pays, lui disait :


« Ce qui reste de nos troupes rentrera en campagne, elles serviront avec leur courage ordinaire sous le brave général Laveaux. Quand la loi parle, tous les Français savent obéir et mourir ; mais je ne puis ni ne dois dissimuler à la convention nationale les idées dont je suis pénétré relativement au sort de Saint-Domingue. Il est essentiel qu’elle se hâte de statuer sur le sort des esclaves…, sans attendre la demande des assemblées coloniales… qui n’auront peut-être jamais assez de lumière et de sagesse pour sentir la nécessité d’un nouveau régime.