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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/255

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L’affranchissement général des esclaves fut donc une nécessité impérieuse que subirent Polvérel et Sonthonax. Les circonstances diverses qui les entouraient, qui les pressaient, leur en firent une loi de salut public. Il fallait conserver Saint-Domingue à la France, au moment où la Grande-Bretagne et l’Espagne menaçaient cette colonie, que les colons de toute nuance d’opinion et les émigrés voulaient livrer à ces puissances. Cette grande mesure de justice était le seul moyen de sauvegarder cette possession.

Pour y avoir été contraints, Polvérel et Sonthonax n’en méritent pas moins aux yeux de l’histoire et de la postérité. À leurs noms se rattache le souvenir de ce grand acte de réparation envers plusieurs centaines de milliers d’hommes que l’esclavage retenait dans les fers. Le sort en fut jeté ! Et quelques[sic] réactions qui soient survenues après, la Liberté a triomphé dans les Antilles. La grande nation qui va prêter bientôt l’appui de ses armes aux colons de Saint-Domingue, pour rétablir l’esclavage des noirs dans cette colonie, a fini elle-même, sous l’influence des sentimens religieux qui l’éclairent, par devenir le défenseur de leur liberté qu’elle a proclamée libéralement, après avoir tout tenté pour faire cesser l’infâme trafic de cette portion de l’espèce humaine.

Polvérel et Sonthonax agirent, en août 1793, comme hommes d’État. Le devoir de ceux qui sont appelés à diriger les affaires des peuples, est de savoir se soumettre aux nécessités de leur époque. Les événemens sont plus puissans que la volonté de l’homme, et un homme d’État surtout se recommande aux éloges de la postérité, quand il sait ne pas reculer devant l’accomplissement de son devoir. D’ailleurs, nous l’avons déjà dit, comme hommes