Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/422

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est-il question de la liberté des noirs ? La 6 juillet suivant (1793), Biassou et Jean François, au nom d’eux tous, ne renouvelèrent-ils pas la même déclaration, sans qu’il y fût question encore de la liberté générale ? Précédemment, en 1791, ces trois chefs des noirs insurgés n’avaient-ils pas eux-mêmes proposé aux premiers commissaires civils, de faire rentrer tous ces noirs dans l’esclavage, moyennant cinquante affranchissemens en faveur des principaux ? Ne fut-ce pas Toussaint Louverture lui-même qui fît réduire à ce chiffre, le chiffre primitif de trois cents posé par Biassou ? Au 25 juin 1793, tous les noirs guerriers n’étaient-ils pas déclarés libres par Polvérel et Sonthonax ?

Toussaint Louverture ignorait-il que Sonthonax, dans le Nord, que Polvérel, dans l’Ouest et dans le Sud, avaient proclamé la liberté générale dans, les mois d’août et de septembre ? Ne savait-il pas alors que la France républicaine, représentée par ses commissaires, voulait cette liberté ?

Est-ce enfin, sur cette question, la connaissance qu’il aurait acquise du décret du 4 février 1794, confîrmatif des proclamations des commissaires civils ? Garran constate le contraire en disant : « Il s’est soumis aux lois de la république, dès avant qu’on connût à Saint-Domingue le décret de la convention nationale sur la liberté générale. » Et il le dit, évidemment, pour donner plus de mérite à Toussaint Louverture. Ce décret ne fut connu, en effet, qu’en juin suivant ; et ce ne sont ni les Anglais, ni les Espagnols, ni les colons, ni les émigrés, qui se seraient empressés à le faire savoir aux noirs qui combattaient pour eux.

Toutes ces questions sont extrêmement intéressantes ; et puisqu’il nous est démontré que ce ne fut pas là le mo-