Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/133

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rait-elle pas dû l’arrêter dans cette résolution, si regrettable pour son caractère, pour sa gloire ? Une armée de 4500 combattans, la population entière d’un arrondissement, ne sont-elles pas aussi une autorité respectable ? Que deviendrait donc la souveraineté populaire, si on pouvait ainsi toujours méconnaître ses droits, même dans une fraction du peuple ?

Oh ! non, ce n’est pas tout que d’être un brave militaire, un héros sur le champ de bataille : il y a encore d’autres choses essentielles à quiconque devient chef. Ces choses, elles se trouvent d’abord dans le caractère ferme et résolu de l’homme, puis dans les idées qui se développent en lui par la pratique du pouvoir, dans l’intelligence qui lui fait découvrir le nœud d’une situation, pour le trancher avec la lame de son épée, s’il ne peut parvenir à le dénouer pacifiquement ; car il est un homme politique avant tout, puisqu’il est chef d’un parti. Ses contemporains, la postérité n’ont à attendre, à exiger de lui que d’être avare du sang des hommes, de ses semblables ; car il n’est pas devenu chef par leur assentiment, pour assouvir ses passions en immolant des victimes sur l’échafaud, par des assassinats : s’il ne peut éviter la guerre, qu’il la fasse ; les victimes qui tomberont sur le champ de bataille ne lui reprocheront pas leur malheureux sort, et la postérité n’aura pas le droit de flétrir sa mémoire.

À notre avis, Bauvais ne possédait pas ces choses essentielles au chef d’un parti politique : il l’était depuis le 26 août 1791, et il ne pouvait résigner une position aussi honorable ; il la partageait avec Rigaud ; l’avenir de ses frères lui commandait de ne pas montrer un désintéressement personnel inopportun, et c’est ce qu’il fit dans bien des circonstances qui précédèrent son départ de Jacmel.