Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/171

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Et remarquons, avant de chercher une solution à ces questions, que ce trafic infâme se faisait dans la partie du Nord, et non dans l’Ouest qui avoisine aussi la partie espagnole : cette pratique odieuse s’y continuait depuis que Jean François et Biassou l’avaient établie à leur profit. Les noirs de l’Ouest avaient des idées plus élevées, des sentimens plus dignes de la nature humaine : ils ne s’y livrèrent jamais !

M. Madiou explique ainsi les motifs de T. Louverture :

« En s’emparant de la partie de l’Est, Toussaint Louverture voulait augmenter ses forces et ses ressources, que la guerre civile avait considérablement affaiblies, et prévenir le général Rigaud qui aurait pu y envoyer des députés dans le but d’en prendre lui-même possession. D’un autre côté, en y faisant reconnaître son autorité, il enlevait au général de couleur la faculté de s’y réfugier s’il était obligé d’abandonner les Cayes, et d’y organiser un nouveau parti au centre de l’île. Sa perspicacité lui faisait prévoir ce à quoi Rigaud n’avait jamais songé. Cependant, Antoine Chanlatte était un ami politique de Rigaud, son ancien compagnon d’armes et partageait toute sa haine contre Toussaint Louverture… Nous voyons que les considérans (de l’arrêté) n’étaient nullement en harmonie avec les causes qui portaient Toussaint à vouloir occuper la partie de l’Est. Le général en chef cachait sous les apparences des intérêts publics ceux de sa profonde politique [1] »

Nous allions dire : Quel honneur fait à Rigaud ! À Rigaud dont les vues politiques, légitimes et grandes dans le principe, arrêtèrent l’élan du guerrier. Mais notre com-

  1. Histoire d’Haïti, t. 2, pages 30, 33.