Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/278

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était dans le dénûment aux États-Unis, il lui fit écrire, dit-on, de venir s’occuper de nouveau de ses anciens travaux sur cette propriété. Le gérant s’empresse d’arriver au Port-au-Prince et d’aller se présenter à T. Louverture, qu’il veut embrasser pour lui témoigner sa reconnaissance, croyant encore voir l’ancien cocher de Bayon de Libertas dans le général en chef de Saint-Domingue. Mais celui-ci recule avec dignité et dit au gérant : « Doucement, M. le gérant, il y a aujourd’hui plus de distance de moi à vous qu’il y en avait autrefois de vous à moi. Rentrez sur l’habitation Breda ; soyez juste et inflexible ; faites bien travailler les noirs, afin d’ajouter par la prospérité de vos petits intérêts à la prospérité générale de l’administration du Premier des Noirs, du général en chef de Saint-Domingue[1]. »

Cette scène qui laissa ce blanc confus, caractérise fort bien l’orgueil où T. Louverture était parvenu, et l’indépendance où il mettait ses frères vis-à-vis des colons.

Après leur avoir donné tous ces gages d’une protection, d’une sympathie non équivoques, il voulut aller jouir de son triomphe dans sa ville chérie. Il partit pour le Cap dans le courant de novembre. Aux Gonaïves, autre ville de sa prédilection, il fut fêté.

À son approche du Cap, les colons lui dressèrent un magnifique arc-de-triomphe : il fallait célébrer celui remporté sur « le tyran du Sud, nouveau Caïn qui avait fui de la colonie, chargé de la malédiction publique et portant à jamais le signe de la réprobation. »

Dans le système colonial, les blancs disaient que les noirs d’Afrique étaient les descendans de Caïn, maudit par

  1. Pamphile de Lacroix, t. 1er p. 399.