Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/450

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hommes qui l’ont conduite, présager aucune atteinte ni à la sûreté individuelle, ni à la propriété territoriale sur laquelle repose tout l’édifice de la société. Il n’y avait point de colon qui ne dût voir, dans les derniers événemens, l’augure d’une possession paisible, garantie par la loi, assurée par la puissance. L’ignorance ou la mauvaise foi pouvaient, au contraire, abuser du silence de l’acte constitutionnel et faire croire aux noirs affranchis par la révolution, qu’on ne songeât à leur forger de nouveaux fers. C’était donc eux qu’il convenait de rassurer ; c’était à eux qu’il fallait promettre que cette liberté qu’ils idolâtrent ne périrait point avec la constitution qui l’avait confirmée ; et puisque les lois françaises sont les seules qui les reconnaissent pour libres et citoyens, il fut convenable de leur rappeler cette considération, très-propre à leur faire rejeter les séductions étrangères, des offres perfides dont le résultat infaillible serait pour eux la mort ou l’esclavage.  »

Ces suggestions étrangères, ces offres perfides s’entendaient de celles faites à T. Louverture par les Anglais : le Premier Consul n’ignorait rien à ce sujet, et nous avons déjà dit qu’il l’avait averti sur ce point ; cet article lui disait encore que, s’il y persistait, la mort ou l’esclavage des noirs, serait le résultat de sa trahison, la France se réservant d’agir en temps opportun. Voilà donc une pensée bien arrêtée contre les noirs, dès janvier 1800, alors même que T. Louverture seul serait coupable.

Aussi, voyons-nous que T. Louverture se garda de rien conclure avec les Anglais, et parce que d’ailleurs il n’eut jamais l’intention de leur livrer Saint-Domingue, qu’il ne voulait constituer que de la manière même que les colons l’avaient conçue, étant toujours d’accord avec eux. Averti de leurs démarches en France, averti des intentions du