Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/451

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Premier Consul, que fit-il après avoir vaincu Rigaud ? Tous ses actes répondent à cette question, depuis son règlement de culture jusqu’à sa constitution et à sa proclamation après la mort de Moïse. On a vu dans quelle proportion, il laissa lui-même la liberté aux noirs cultivateurs. Ainsi, avant que le gouvernement consulaire pût rien entreprendre contre la colonie, T. Louverture avait fait et accompli tout ce que les colons pouvaient désirer à l’égard de leurs anciens esclaves, mieux encore que n’aurait pu l’exécuter ce gouvernement ; et l’on peut croire que le Premier Consul était parfaitement renseigné à cet égard.

Mais, dans le temps même où T. Louverture opérait la prise de possession de la partie espagnole, la paix de Lunéville se concluait, le 9 février 1801. Quelles furent alors les idées du Premier Consul sur Saint-Domingue ? Laissons parler les mémoires de l’Empereur Napoléon dictés à Saint-Hélène :

« La situation prospère où se trouvait la République dans le courant de 1801, après la paix de Lunéville, faisait déjà prévoir le moment où l’Angleterre serait obligée de poser les armes, et où on serait maître d’adopter un parti définitif sur Saint-Domingue. Il s’en présenta alors deux aux méditations du Premier Consul : le premier, de revêtir de l’autorité civile et militaire et du titre de gouverneur général de la colonie, le général T. Louverture ; de confier le commandement aux généraux noirs ; de consolider, de légaliser l’ordre de travail établi par Toussaint, qui était déjà couronné par d’heureux succès ; d’obliger les fermiers noirs à payer un cens ou redevance aux anciens propriétaires français, de conserver à la métropole le commerce exclusif de toute la colonie, en faisant surveiller les côtes par de nombreuses croisières. Le dernier parti