Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/470

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Cette discussion eut lieu dans la séance du conseil d’État, du 21 ventôse an 11 (12 mars 1805). Sans doute, on peut dire que les événemens qui se passaient à Saint-Domingue depuis un an, ont dû avoir quelque influence sur ces paroles du Premier Consul. Mais il ressort aussi de toutes les idées exprimées dans ce peu de mots, que le chef du gouvernement français avait des opinions faites sur la question de la liberté des noirs, avant d’être parvenu à ce haut rang. Ce n’est pas à un tel génie qu’on osera faire le reproche de n’y avoir jamais réfléchi, surtout lorsque, par son alliance avec une Créole, il avait dû être informé de tout ce qui concernait les colonies françaises. D’ailleurs, nous l’avons déjà dit, depuis 1795 la réaction s’opérait dans l’opinion, en France, contre la liberté générale ; des regrets avaient été manifestés souvent à ce sujet dans les discussions qui eurent lieu au corps législatif, et il était impossible que le général Bonaparte ignorât tous ces précédons : sa noble compagne était particulièrement intéressée à le lui apprendre jusqu’en Égypte ; et nous félicitons sincèrement l’amiral Truguet de n’y avoir pas été se faire pendre par rapport aux noirs.

Une réflexion naît des paroles que nous venons de rapporter d’après l’ouvrage de Thibaudeau : c’est que, selon le Premier Consul, les colons de Saint-Domingue n’eurent aucun tort, lorsqu’ils livrèrent cette colonie aux Anglais et aux Espagnols. Page et Brulley avaient soutenu cette thèse dans les débats contre Polvérel et Sonthonax[1]. Or,

  1. D’après les mémoires de H. Grégoire, en 1802, pendant qu’une loi ordonnait le rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises, Page publia une brochure où il prenait pour base la liberté générale des noirs. Etait-il sincèrement converti, lui toujours si furieux, si perfide ?