Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/483

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« Puisque vous voulez partir pour la France, j’y consens : mais que votre voyage soit au moins utile à la colonie : je vous remettrai des lettres pour le Premier Consul, et je le prierai de vous écouter. Faites-lui connaître Toussaint ; faites-lui connaître l’état prospère de l’agriculture et du commerce de la colonie. Enfin, faites-lui connaître mes œuvres : c’est d’après tout ce que j’ai fait ici que je dois et que je veux être jugé. Vingt fois j’ai écrit à Bonaparte pour lui demander l’envoi de commissaires civils, pour lui dire de m’expédier les anciens colons, des blancs instruits dans l’administration, de bons mécaniciens, de bons ouvriers ; il ne m’a jamais répondu. Tout-à-coup il profite de la paix pour diriger contre moi une expédition formidable dans les rangs de laquelle je vois figurer mes ennemis personnels et des gens funestes à la colonie dont je l’avais purgée… Si Bonaparte est le premier homme en France, Toussaint est aussi le premier dans l’Archipel des Antilles. »

En voilà assez pour prouver que dans cette circonstance si critique, T. Louverture se préoccupait surtout de son sort personnel ; c’est toujours de lui-même qu’il s’agit dans cet entretien, des blancs, des colons : son égoïsme, sa vanité percent dans ses paroles. Si ensuite il dit : « Je saisis mes armes pour la liberté de ma couleur que la France a seule proclamée, mais qu’elle n’a plus le droit de rendre esclave ! Notre liberté ne lui appartient plus ! Ce bien est à nous ! Nous saurons la défendre ou périr ; » ce n’est de sa part qu’une déclaration comminatoire, destinée à faire impression sur le Premier Consul, quand

    justifiées par de simples propositions secrètes du général Maitland, et non acceptées par lui ? Car sa convention avec ce général, citée à la page 140, ne tendait nullement à le constituer indépendant de la France.