Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/497

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verture ? Il avait reçu ses instructions, il était forcé d’y obéir sous peine de périr lui-même ; mais du moins, on peut dire à sa louange, qu’il tempéra autant qu’il put les ordres barbares qu’il reçut de T. Louverture et de Dessalines[1]. Quand nous avons vu Sonthonax, Hédouville, Roume, hommes éclairés parmi les blancs, suivre à la lettre les instructions perfides de leur gouvernement, nous comprenons la soumission d’un noir, privé de lumières, aux ordres de ses chefs.

On conçoit aussi que Salomon, commandant de la place des Cayes, ne tarda pas à savoir la sortie de Borgella à son sujet. C’était ce blanc surtout qui, s’entendant avec Collet et les autres colons, exerçait les rigueurs contre les officiers du Sud. Il fit arrêter Borgella par un autre blanc nommé Morélon ; Borgella fut mis d’abord en prison, puis embarqué sur le bâtiment de l’État nommé Le département du Nord. C’était l’envoyer aux noyades qui s’exécutaient alors dans la rade des Cayes par un blanc nommé Pierret et surnommé Gros-Pierre. Borgella y trouva d’autres camarades destinés au

  1. Je saisis cette occasion pour mentionner une bonne action du général Laplume. Dans l’ancien régime, il était l’esclave d’un blanc nommé Grenier, propriétaire de l’habitation où les Anglais avaient établi un camp. II se rendait souvent sur celle de mon oncle (le colonel Doyon aîné, mort au camp Thomas dans la Grande-Anse), pour voir des Africains, ses amis, qui s’y trouvaient aussi esclaves. Doyon l’avait remarqué et lui avait souvent témoigné de la bienveillance. Devenu commandant en second du département du Sud, Laplume fit une tournée au Petit-Trou où se trouvaient une sœur de Doyon et toute sa famille, à laquelle mon père était allié. Il recommanda toute cette famille aux attentions de Gracia, autre noir, commandant du Petit-Trou, l’un des hommes les plus honorables parmi les officiers placés dans le Sud. Gracia devint le protecteur de ma famille et de mon père en particulier, durant l’administration de T. Louverture.

    Après ces faits, qui excitèrent toujours toute ma gratitude envers la mémoire de Laplume et de Gracia, est-on fondé à dire qu’il n’a existé aucun attachement entre les noirs et les mulâtres ?