Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/362

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contre son gouvernement, se terminait de manière à faire réfléchir l’homme dont le courage et les vertus excitaient l’admiration. On lui posait catégoriquement les conditions auxquelles il devait prétendre à succéder au tyran ; car en le proclamant chef provisoire du gouvernement haïtien et réservant à la constitution projetée de déterminer le titre, la qualification qu’il aurait, c’était presque lui dire qu’il ne serait pas Empereur, que l’État ne serait pas constitué en Empire. H. Christophe connaissait trop bien les opinions politiques de Pétion, pour se méprendre sur cette déclaration. L’arbre de la servitude qu’on se proposait d’abattre ne doit pas s’entendre de la personne de Dessalines, mais des institutions despotiques, autocratiques, qu’il avait fondées pour asseoir son pouvoir, son autorité.

Cette déclaration faite par la révolution triomphante, renfermait en elle-même le germe de la guerre civile qui éclata 75 jours après ; car Christophe n’était pas homme à se relâcher sur ses prétentions à avoir le même pouvoir que Dessalines, sinon le même titre que lui. Mais que faire dans une telle situation ? Courber lâchement ces têtes si fières sous le joug d’un nouveau despote, lorsqu’elles venaient de s’élever à la hauteur de la Liberté et de l’Égalité ? On n’expose pas sa vie en s’armant contre la Tyrannie, pour la livrer ensuite au Despotisme. Ce langage énergique, cette mâle attitude, étaient une conséquence du triomphe desarmes du Sud et de l’Ouest ; mais cela ne prouve pas, comme le pense M. Madiou, que : « presque tous les signataires, de cette pièce, qui fut publiée à l’époque, en proclamant le général Christophe chef provisoire du gouvernement, avaient déjà l’arrière-pensée de l’abattre à la première occasion favorable. Ils violentaient leurs sen-