Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/476

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La voix d’un gouvernement qui proclamait de tels principes, qui les pratiquait envers ses citoyens, devait nécessairement être écoutée par des populations qui avaient tant souffert d’un régime diamétralement opposé. « Toutes les fois que la Vertu est en lutte avec le Vice, le triomphe de celui-ci ne saurait être de longue durée. » Cette pensée était aussi exprimée dans la proclamation, et la mort de Christophe venait de la justifier.

Boyer apprit cette importante nouvelle, le 17, par le citoyen Constant Saul envoyé à Saint-Marc par les généraux du Cap, pour l’annoncer et essayer de faire comprendre à sa garnison originaire, qu’en se révoltant contre le tyran, ils avaient eu l’intention de fonder une République à l’instar de celle d’Haïti, pour gouverner séparément l’ancien Royaume de Christophe[1]. C’était une tentative machiavélique de leur part dont le but était d’exciter dans l’esprit des troupes de l’Artibonite, un revirement d’opinion. Elle échoua, non pas seulement par la présence du Président d’Haïti avec des forces imposantes à Saint-Marc, mais parce qu’en fraternisant avec leurs camarades d’armes, en revoyant ceux qui avaient fait défection à la République en 1812, au siège du Port-au-Prince, les troupes et les populations de l’Artibonite surent qu’elles devaient avoir plus de confiance en son régime, qu’en celui qu’elles trouveraient sous le gouvernement des hommes qui n’avaient été, durant quatorze ans, que les suppôts de la tyrannie. Et n’était-il pas évident, qu’en prétendant établir une République, alors seulement,

  1. C’est ce qui aura donné lieu à l’erreur commise par Placide Justin. Et pourquoi cette hésitation des généraux, jusqu’à laisser écouler 8 jours après la mort de Christophe, sans annoncer cette nouvelle, sans faire connaître leurs intentions ?