Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/66

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Fort de ce dernier jugement et victime d’une femme de mauvaise vie, que le public accablait de reproches pour sa conduite scandaleuse, l’Anglais résista au payement. Les parties adverses s’adressèrent alors au chef de la police et surprirent sa religion, en lui exhibant seulement le jugement en première instance ; elles le requirent d’assister un huissier pour arrêter le débiteur dans sa maison et le conduire en prison : ce qui eut lieu. Le jugement en appel avait été rendu depuis environ neuf mois.

Le débiteur incarcéré adressa une requête ou plainte au Président d’Haïti, à l’effet d’obtenir son élargissement. Le chef de l’Etat vit dans cette affaire une gravité qui réclamait une décision motivée du sénat, ce corps ayant les attributions du haut tribunal de cassation ; il lui transmit la requête du plaignant appuyée des pièces du procès. Par son décret du 2 février, le sénat ordonna l’élargissement du négociant anglais, en confirmant d’ailleurs le jugement rendu en appel, fondé sur un billet souscrit volontairement. Le débiteur se décida alors à payer ; mais il avait eu la consolation de voir une manifestation de l’opinion publique en sa faveur, et contre son indigne femme et le séducteur de celle-ci[1].

Le peuple, selon l’habitude créole, les chansonna cruellement. Cette femme ne recueillit que la mésestime pour sa conduite, et fut ensuite maltraitée et délaissée par son séducteur. Et le scandale de cette affaire opéra une sorte de révolution dans les idées des mères et de

    pour valeur reçue comptant et portant hypothèque. » Probablement, le tribunal d’appel reconnut que cette clause n’était pas mentionnée dans le billet souscrit par l’Anglais.

  1. Le lecteur nous saura gré, sans doute, de n’avoir nommé aucune de ces personnes. Quand l’histoire peint les mœurs d’une époque, il suffit qu’elle relate les faits pour que l’on comprenne l’état des choses, et l’influence que ces faits exercent sur la société.