Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 9.djvu/117

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’État. L’égoïsme et l’orgueil du naturel de l’Est perçaient encore dans la disposition qui excluait des mêmes emplois tout Espagnol d’Europe, alors que dans cette partie il s’en trouvait un assez grand nombre : ils étaient déjà, ou fonctionnaires publics, ou habitans possesseurs d’esclaves, ou commerçans, et ayant ainsi de la fortune et de l’influence dans les affaires. Aussi leur antipathie pour la révolution opérée se montra ardente, dès qu’ils virent appelés aux fonctions du nouvel Etat une foule d’incapacités qui entouraient le Président, et qui n’avaient d’autre mérite que d’être indigènes et d’avoir été conspirateurs avec lui. En même temps, ceux des indigènes de Santo-Domingo qui avaient fait secrètement une démarche auprès de Boyer, par la mission de José Justo de Sylva, ne cachèrent plus leurs sympathies pour la cause haïtienne et augmentèrent le nombre des opposans au système adopté par Nunez de Cacérès.

L’œuvre de cet avocat était ainsi frappée de mort à sa naissance, et dans la ville même où il l’avait produite. Monte-Christ et Laxavon s’étant réunis à la République d’Haïti, dès le 15 novembre, on ne peut s’étonner si les autres communes du Nord-Est se prononcèrent aussi dans le même sens. La ville de Saint-Yague, la plus importante, forma une junte centrale provisoire et adressa à Boyer la dépêche suivante, qui résumait le vœu de presque tous les habitans de la partie de l’Est :


xxxTrès-Excellent Seigneur,

Les patriotes soussignés, au nom de la junte centrale provisoire de Saint-Yague, mus par des sentimens non équivoques, à la vue de l’acte de constitutif du 1er décembre relatif à l’indépendance dominicaine unie à la République de Colombie, ont l’honneur de dénoncer à Votre Excellence cette œuvre informe et anti-sociale qui a excité le mécontentement universel lors de sa publication à Santo-