Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 9.djvu/204

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rapprochement entre le contre-amiral et le Président d’Haïti[1]. Et un avis du grand juge notifia au public la destitution de ceux des fonctionnaires qui relevaient de son département : Pierre André, Noël Piron, Dugué, Béranger et Laborde, ces ces deux derniers en leur qualité de défenseurs publics.

Une sorte de bannissement à l’intérieur fut aussi imposée à ces personnes arrêtées le 30 août, avec faculté laissée à chacune d’elles de choisir le lieu de leur résidence. Laborde alla à Jérémie ; Béranger, aux Gonaïves ; Saint-Martin, au Cap-Haïtien ; Saint-Laurent, aux Cayes, lieux de leur domicile ; Noël Piron, à l’Anse-à-Veau ; Pierre André et Dugué, à Saint-Marc. Après quelques mois de séjour en ces ditférents endroits, à l’exception de Saint-Martin et de Saint-Laurent, tous les autres citoyens revinrent à la capitale où ils étaient domiciliés. Bientôt, chacun d’eux reprit l’exercice des fonctions qu’ils remplissaient auparavant ou occupa des emplois plus élevés dans la hiérarchie civile. La colère du Président étant apaisée, la modération avait repris son empire sur son cœur[2].

Le lecteur comprendra que si nous avons donné tant d’extension à cette affaire du 30 août et à ses suites, c’est que nous avons voulu caractériser l’un des faits les plus importans du gouvernement de Boyer, par les conséquences qu’il a eues. On voit dans quelles circonstances déplo-

  1. Dans ces circonstances, le général Bazelais donna aussi sa démission de sénateur ; sa lettre du 14 octobre, datée du Port-au-Prince, fut motivée sur sa maladie ; il était encore commandant des arrondissemens de Jérémie et de Tiburon. Peu après, Panayoty alla commander celui de Saint-Jean.
  2. Quelque temps après, Béranger fut nommé juge au tribunal civil des Gonaïves, puis commissaire du gouvernement près ce tribunal. Mais dans cette dernière charge, il commit tant d’actes arbitraires, jusqu’à faire subir la torture à des accusés, que Boyer fut contraint de révoquer ce patriote libéral qui avait tant crié contre le despotisme du Président. Ah ! si Boyer avait eu un autre caractère !…