Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 9.djvu/68

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il déclara déchus de la qualité de catholiques tous ceux qui déclareraient être partisans du prêtre. C’était atteindre du même coup le curé, les fidèles qui étaient désignés par le nom de Gasparites, même ceux qui allaient prier dans le temple sans être d’aucun parti.

On conçoit alors quelle explosion de mécontentement dut résulter de ce mandement, de la part des Gasparites qui étaient les plus nombreux, et quelle satisfaction, au contraire, durent en éprouver les Marionnettes.

À l’arrivée de l’abbé Jérémie, l’évêque voulut le repousser du presbytère : alors Gasparites et Marionnettes envahirent cette demeure, se rangeant respectivement du côté de ces deux chefs, et l’église dont chaque parti tenait à conserver la possession. Ce fut un tumulte épouvantable que ni l’évêque et ses prêtres, ni l’abbé Jérémie ne voulaient apaiser, qu’ils excitaient au contraire par leurs reproches respectifs, par les imputations qu’ils se lançaient mutuellement. Cette lutte animée devint une véritable émeute autour du sanctuaire et dans son intérieur, et des femmes dévotes elle allait passer aux mains de leurs maris ou autres parens, quand le Président d’Haïti en fut informé.

Que devait-il faire en une telle circonstance ? S’il avait souscrit au mandement de M. de Glory, il eût renoncé en sa faveur au droit qu’il tenait de la constitution, de nommer aux cures des paroisses, et cela, sans entente préalable, sans convention réglée avec la cour de Rome ; il aurait légitimé toutes les violences antérieures et toutes autres que ce prélat aurait voulu commettre à l’avenir, envers les marguilliers et les conseils de notables et les curés de toutes les paroisses de la République. L’évêque eût naturellement appelé de France d’autres prêtres pour remplacer ces der-