Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/1201

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LIVRE II, CH. XVll, S A. 197

non besoin d'amitié ? Ou bien restera-t-il indépendant, et se suffîra-t-il, même à l'égard de ces douces affections, dont il pourra se passer ? Les poètes semblent le dire :

« Quand le ciel vous soutient, qu'a-t-on besoin d'amis? »

g 2. Et de là vient cette question qu'on peut faire : Celui qui a tous les biens en abondance, et qui se suffit à lui- même complètement, a-t-il encore besoin d'un ami? Ou bien n'est-ce pas surtout le cas d'avoir des amis ? A qui fera-t-on du bien ? Avec qui vivra-t-on, puisque certaine- ment on ne vivra pas tout seul ? Mais si l'on a besoin de ces affections, et si l'on ne peut les avoir sans l'amitié, l'homme indépendant, tout en se suffisant à lui-même, a donc encore besoin d'aimer. § 3, La comparaison qu'on a tirée de la divinité, et qu'on répète si souvent, n'est pas toujours fort juste quant à Dieu, ni très -utilement appli- cable quant à nous. Ce n'est pas parce que Dieu est indé- pendant, et n'a besoin de quoique ce soit, que nous aussi nous saurions n'avoir besoin de rien. § à. Voici le raison- nement que l'on a fait plus d'une fois sur Dieu. Si Dieu, dit-on, possède tous les biens, et s'il est souverainement

��§ 1. Quand le ciel vous soutient, juste... Cette comparaison est insou-

Ce même vers est cité dans la Mora'c tenablc, en ce que l'homme est à une

à Nicomaque, livre IX, ch. 9, § 1. distance incommensurable de Dieu.

Il est d'Euripide dans Oreste, vers § à. Le raisonnement qu'on a fait.

667, édit. de Firmin Didot. Cette théorie est celle que donne

§ 2. On ne vivra pas tout seul. Aristote lui-même dans la Mélaplij-

Car on serait alors malheureux, en sique, livre XII, ch. 7, trad. de

manquant à une loi évidente delà M. Cousin; et Morale à Nicomaque,

nature, qui a fait de l'homme un être livre X, ch. 8, § 7. Voir aussi la

essentiellement sociable. Morale à Eudème, livre VII, ch. 42,

<5 3. N'est pas toujours fui i au début.

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