Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/1203

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LIVRE II, CH. XVII, § 9. 199

même ; car quel charme que de se connaître ! Mais nous ne pouvons point nous voir nous-mêmes, en partant de nous ; et ce qui prouve bien notre complète impuissance, c'est que nous reprochons souvent aux autres ce que nous faisons personnellement. § 7. Notre erreur en ceci est causée, soit par la bienveillance naturelle qu'on a tou- jours envers soi, soit par la passion qui nous aveugle. Et c'est là, pour la plupart de nous, ce qui obscurcit et fausse notre jugement. De même donc que quand nous voulons voir notre propre visage, nous le voyons en nous regar- dant dans un miroir, tout de même aussi, quand nous voulons nous connaître sincèrement, il faut regarder à notre ami, où nous pourrons nous voir parfaitement ; car mon ami, je le répète, est un autre moi-même. § 8. S'il est si doux de se connaître soi-même, et qu'on ne le puisse sans un autre, qui soit votre ami, l'homme indépendant aura tout au moins besoin de l'amitié pour se connaître lui-même. § 9. Ajoutez que, s'il est beau, comme il l'est en effet, de répandre autour de soi les biens de la fortune quand on les possède, on peut se demander : Sans ami, à qui l'homme indépendant pourra-t-il faire du bien ? Avec qui vivra-t-il ? Certes il ne vivra pas tout seul ; car vivre avec d'autres êtres semblables à soi est tout à la fois un plaisir et une nécessité. Si ce sont là des choses qui sont

��§ 7. // faut regarder à notre ami. Ton ne se connaissait soi-même qu'en

Cette conclusion assez simple a été s'étudiant dans son ami, on courrait

bien longuement préparée; et l'on risque de s'ignorer toute sa vie. Ceci

pouvait la tirer beaucoup plus vite, n'empêche pas que l'observation faite

Ces préceptes d'ailleurs, bien qu'on sur un ami sinc^re ne puisse en

les retrouve dans la Morale à Nico- apprendre fort long sur le cœur hu-

maque, semblent peu utiles ; et si main. C'est une douce et sûre étude.

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