Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/155

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PRÉFACE. cxjv

sociable qu'il peut à peine vivre, s'il n'a autour de lui d'autres êtres qii'il aime et dont il soit aimé. Quant à l'État, il ne subsiste que si les citoyens ont cette bienveillance réciproque, qui est aussi de l'amitié, et qui est le gage de la concorde sociale. L'amour aide puissamment h la justice ; souvent même, il la remplace et la supplée. Mais la justice ne peut jamais suppléer à l'amour. L'amitié est donc néces- saire dans les sociétés humaines. Mais en outre, elle est aussi belle et aussi honorable qu'elle est utile ; et l'on pourrait, à bien des égards, la confondre avec la vertu elle-même. C'est là ce qui fait qu'elle doit figurer dans un traité de morale. L'amitié n'a que trois motifs : le bien, le plaisir ou l'intérêt. Les ami- tiés fondées sur l'intérêt et le plaisir, varient comme les bases instables sur lesquelles elles reposent; un plaisir plus vif, un intérêt plus pressant les détruit, comme il les a formées. Mais les amitiés fondées sur la vertu sont inébranlables. Elles sont à la fois les plus rares et les plus lentes à se former. 11 faut du temps pour se connaître et s'apprécier. Mais une fois cimentées par une estime mutuelle et par de sérieuses épreuves, elles ne changent plus; elles résistent au temps, à l'absence, à la calomnie. A vrai dire, l'amitié par vertu est la seule; les deux autres

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