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MORALE À NICOMAQUE.

et puisque toute connaissance, toute résolution de notre esprit a nécessairement en vue un bien d’une certaine espèce, expliquons quel est le bien que suivant nous recherche la politique, et par conséquent le bien supérieur que nous pouvons poursuivre dans tous les actes de notre vie. § 2. Le mot qui le désigne est accepté à peu près par tout le monde ; le vulgaire, comme les gens éclairés, appelle ce bien suprême le bonheur ; et dans leur opinion commune, vivre bien, agir bien est synonyme d’être heureux. § 3. Mais c’est sur la nature et l’essence du bonheur que les opinions se partagent ; et sur ce point, le vulgaire est très-loin d’être d’accord avec les sages. § 4. Les uns le placent dans des choses apparentes et qui éclatent aux yeux, comme le plaisir, la richesse, les honneurs, tandis que d’autres le placent ailleurs. Ajoutez que l’opinion d’un même individu varie souvent sur ce sujet ; malade, on croit que le bonheur est la santé ; pauvre, que c’est la richesse ; ou bien quand on a la conscience de son ignorance, on se borne à admirer