Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/922

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toutes ces basses jouissances, et ne songent qu’à eux seuls. Mais si un homme ne cherchait jamais qu’à suivre la justice plus exactement que qui que ce soit, à pratiquer la sagesse ou telle autre vertu en un degré supérieur, en un mot qu’il ne prétendît jamais revendiquer pour lui que de bien faire, il serait bien impossible de l’appeler égoïste et de le blâmer. ^ 6. Cependant, celui-là semblerait encore plus égoïste que les autres, puisqu’il s’adjuge les choses les plus belles et les meilleures, et qu’il ne jouit que de la partie la plus relevée de son être, en obéissant docilement à tous ses ordres. Or, de même que la partie la plus importante dans la cité paraît en politique être l’État même, ou qu’elle paraît, dans tout autre ordre de choses, constituer le système entier ; de même aussi pour l’homme; et celui-là surtout devrait passer pour égoïste qui aiine en lui ce principe dominant, et ne cherche qu’à le satisfaire. Si l’on appelle tempérant l’homme qui se maîtrise, et intempérant celui qui ne se maîtrise pas, selon que la raison domine ou ne domine pas en eux, c’est que la raison apparemment est toujours identifiée avec l’individu lui-même. Et voilà aussi pourquoi les actes qui semblent les plus personnels et les plus volontaires, sont ceux qu’on accomplit sous la conduite de sa raison. Il est parfaitement clair que c’est ce principe souverain qui constitue essentiellement l’individu, et que l’homme hon-

§ 5. Mais si un homme. Distinction aussi profonde qu’elle est simple. L’égoïsme se caractérise surtout par le but que se propose l’individu. Si le but est élevé, s’il est noble et grand, l’égoïsme disparait ; et l’amour de soi prend dès lors un autre nom.

§ 6. Semblerait encore plus égoïste. Ce serait répondre à une subtilité par une subtilité que d’appeler ces nobles cœurs des égoïstes. — Qui constitue essentiellement l’indi-