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LE THÉATRE ET SON DOUBLE

Elle est sans prolongements parce qu’elle est seulement descriptive, parce qu’elle raconte des faits extérieurs où les âmes n’interviennent pas ; parce qu’elle ne touche pas au vif des pensées ni des âmes, et c’est là, beaucoup plus que dans la question de savoir si cette forme de théâtre est théâtrale que réside le reproche qu’on peut lui faire.

Du théâtre elle a les moyens, — car le théâtre qui ouvre un champ physique demande qu’on remplisse ce champ, qu’on en meuble l’espace avec des gestes, qu’on fasse vivre cet espace en lui-même et magiquement, qu’on y dégage une volière de sons, qu’on y trouve des rapports nouveaux entre le son, le geste et la voix, — et l’on peut dire que c’est cela le théâtre, ce que J.-L. Barrault en a fait.

Mais d’autre part, du théâtre cette réalisation n’a pas la tête, je veux dire le drame profond, le mystère plus profond que les âmes, le conflit déchirant des âmes où le geste n’est plus qu’un chemin. Là où l’homme n’est plus qu’un point et où les vies boivent à leur source. Mais qui a bu à la source de vie ?